samedi 10 décembre 2011
Les inutiles: ceules que la "crise" fabrique pour nous faire peur.
"Coup d’état financier, occupation économique, dictature de la finance, stratégie du chaos… Cette fois ce ne sont plus des mots. Ce ne sont plus des métaphores d’altermondialiste. (…) Cette fois, c’est en vrai : les cheveux gras dans les rues vides, le dos vouté devant les boutiques fermées, les trois anars plus ou moins défoncéés devant un feu de palette, la queue devant la soupe de nuit. Cette fois c’est pour de vrai. Ce n’est plus des chiffres, des analyses, des graphiques, des recherches, des bouquins ni des prophéties. Ce n’est plus ceules qui sont ordinairement frappéés. Les préposéés à la dèche et au malheur. Cette fois les taxis sans clienttes attendent de jour comme de nuit. Cette fois les jeunes diplôméés quittent le pays. Cette fois 14 000 entreprises ont fermé dans les six premiers mois de l’année. (…) Plus de couverture maladie pour les retraitéés, pour les chômeurzes, pour les sans-abris… (…) Mais surtout, avant tout, on rencontre, on croise des [humains] qui ne servent à rien. Hé Hé Hé ! Qui ne servent absolument à rien. [Ellils] sont en trop. Des milliers, des millions de bouches inutiles. C’est curieux, c’est drôle qu’on en arrive là, non ? Des gens qui ne servent à rien, qui sont même des problèmes. Chacunë est un boulet en Grèce aujourd’hui. Chacunë a intériorisé ça dans ce pays. Euh… Dans ce seul pays ? Non, dans d’autres, dans pas mal d’autres pays. Cette inutilité gagne. C’était sectoriel. C’était par endroit. C’était à la sortie d’un plan social. C’était dans une petite manif famélique de chômeurzes. C’était au creux, dans le secret d’une famille. Là, c’est tout un pays. C’est là où nous allons aujourd’hui. Avec une inquiétude, celle de vous faire peur. Parce que tout se passe comme si ce qui arrive à la Grèce avait été mis en scène pour faire peur. Pour nous (…) faire accepter. Pour nous conduire à la résignation, à l’impuissance. Attention à ce piège-là !"
Note: ce texte a été adapté en y introduisant le genre universel.
mardi 12 juillet 2011
Surtout pas un autre boulot! Je voudrais enfin me rendre utile!
Un message diffusé par l'émission "là-bas si j'y suis", le 1er juillet 2011:
"Dans 26 jours pour moi ça va être l’an 01. Je vais devenir chômiste. C’est la première fois que ça m’arrive. Je n’ai pas vraiment d’expérience dans ce domaine. Alors dis-moi toi Daniel qui connaîs des radiateurs de chez pôle emploi, est-ce-que tu peux leur dire que OUI ils peuvent le donner des sous parce que NON je ne suis pas une fainéante. Est-ce-que je peux leur dire que je ne cherche pas un autre boulot, surtout pas ! Mais qu’au contraire je voudrais enfin me rendre utile.
Je peux leur dire que je veux bien planter des forêts ; écrire des histoires ; installer des toilettes sèches partout ; je veux chanter ; je veux raccommoder des habits, que je veux faire du vélo, des ateliers de cuisines végétariennes ; faire des câlins avec tous ceux qui ont besoin de câlins ; casser des portes de logements vides et les retaper pour que ceux qui n’ont pas de toit puissent en avoir un ; bricoler ; creuser des marres ; faire du lombricompostage ; construire des maisons en terre, en paille, en bois ; avoir des poules ; faire du cheval ; construire des éoliennes, des cuiseurs solaires, des phytoépurations ; transformer les (…) d’un jardin public de la ville en potager ; créer une monnaie locale ; animer des ateliers d’écriture ; marcher sur la plage ; ramasser des galets ; peindre ; jouer de l’accordéon ; gueuler contre le nucléaire, le gaz de schiste ; barbouiller les écrans publicitaires ; rigoler un bon coup ; dire bonjour à mes voisins ; ne pas faire les soldes ; ne pas faire noël, la saint-valentin ; ne pas croasser avec la croissance ; faucher les OGM.
Moi c’est ça que j’ai envie de leur dire à pôle emploi. Mais je ne sais pas dans quelle case ils vont me mettre avec tout ça…"