vendredi 8 février 2013

C'est l'amour qui rend parent, et non la filiation biologique.




L'argument de l'importance quasi sacrée de la filiation biologique pour les enfants a été de plus en plus développé dans les milieux chrétiens à l'occasion du débat contre « le mariage pour tous ». Cette pente me paraît tout à fait dangereuse pour la foi chrétienne. D'abord il est difficile de ne pas y voir une grande part de mauvaise foi et de malhonnêteté intellectuelle. Il ne s'est jamais vu jusqu'à présent que les chrétiens s'opposent à l'adoption. Au contraire nombre de pratiques chrétiennes, y compris sacramentales, promeuvent l'adoption pour le bien des enfants. Comment se fait-il que la filiation se pare subitement d'une telle importance si ce n'est parce que cela devient un argument ad hoc pour s'opposer à l'adoption par des couples homosexuels ? Ensuite, en soi, l'obsession pour la filiation biologique présente le risque de finir en une idolâtrie qui nie la liberté aussi bien des enfants que celles des parents. Enfin, ce ralliement soudain à la filiation biologique fait oublier la grandeur spirituelle du processus de l'adoption. Ce que je voudrais porter en pointe de ce texte c'est que, dans la foi chrétienne, la seule filiation est divine, les parents humains ne peuvent qu'adopter. Donner trop d'importance à la filiation biologique comme condition du devenir humain relève d'une idolâtrie qui coupe de Dieu et de la liberté humaine.

En effet je trouve la soudaine passion pour la filiation biologique chez certains courants de pensée chrétiens surprenante. La tradition du parrain et de la marraine, à l'origine destinée à être un forme d'accompagnement dans l'initiation du catéchumène, n'est-elle pas devenu avec la généralisation du baptême de petits enfants une forme de désignation des adultes qui seraient destinés à adopter l'enfant s'il arrivait malheur à ses parents ? N’avons-nous pas aujourd'hui encore dans nos communautés chrétiennes des couples, certes hétérosexuels, qui ont adopté des enfants, souvent de couleur de peau manifestement différente ? Certes nous voyons bien que les adoptions ne sont pas toujours heureuses, que ces familles sont confrontées à de questions spécifiques. Les enfants peuvent souffrir de racisme, ils peuvent se poser des questions existentielles qui amplifient les difficultés de l’adolescence, ils peuvent avoir vécu dans les années qui précédèrent l’adoption des choses traumatisantes. Et de toute manière les parents adoptifs sont confrontés aux mêmes défis que tout les parents, en particulier le défi d’élever ses enfants de manière chaste. Ces familles sont souvent animés d’une réelle et sincère générosité : faire profiter d’un environnement digne et aimant à des enfants abandonnés, souvent dont le lieu de naissance les condamnerait à la misère. On pourrait pourtant les suspecter d’être habité par une revendication du « droit à l’enfant ». Adoptent-ils parce qu’ils sont stériles ? Parce que la femme ne veut ou ne peut plus supporter une nouvelle grossesse ? Je ne crois pas que nous traitons avec ces suspections infamantes les couples de nos communautés qui adoptent. Pourquoi les réservons-nous aux couples homosexuels ?
Il se dit aussi que ce qui manquerait aux enfants élevés par un couple homosexuel serait la présence des modèles de genre différenciés, c'est-à-dire un père et une mère. Or avant même les couples homosexuels réunis par un amour érotique, n’a-t-il pas de tout temps existé, du fait des aléas de la vie, des parents homosexuels, au sens où les adultes en charge de l’éducation de l’enfant était du même sexe, rassemblés pour s’occuper de l’enfant par des liens de parenté ou d’amitié ? N’a-t-on pas vu une grand-mère aider sa fille-mère, deux oncles recueillir leur neveu orphelin, etc ? Face à ces situations où manquait un « référent masculin ou féminin », le bon sens n’a-t-il pas toujours préféré que l’enfant grandisse auprès d’adultes qui l’entourent d’amour, et qui sont eux-mêmes liés par des solidarités de fraternité, d’amour filial ou d’amitié ?
On voit bien que le recours à l'argument du droit des enfants qui serait bafoué par l'adoption par des parents homosexuels relève beaucoup de la stratégie. Il s'agit de prétendre que l'opposition au mariage pour tous ne relèverait pas de motivations homophobes. Néanmoins la mauvaise foi tactique de cet argument non seulement ne dupe personne quant à l'homophobie de ceux qui se laissent convaincre par sa spéciosité, mais aussi présente de nombreux dangers spirituels.

Ces derniers mois, j'ai vu fleurir dans les publications de l'Eglise un certain nombre de témoignage qui insiste sur la connaissance de sa filiation biologique. Pourtant le jugement de Salomon nous donne une indication comment reconnaître une mère dans une situation inextricable où deux femmes revendiquent leur maternité sur un même enfant. Ce n'est pas sur la ressemblance de l'enfant avec l'une ou l'autre femme, ni par aucune preuve « naturelle », relevant de la biologie, que Salomon révélera laquelle est la vraie mère. C'est en menaçant l'enfant de mort qu'il fera se manifester laquelle des deux femmes aime tant cet enfant qu'elle le préfère voir en vie, mais confié à l'autre femme, plutôt que mort (1R 3,20-30). Car si on suit le philosophe espagnol Ortega y Gasset, aimer quelqu'un, c'est vouloir sa vie.
Et en effet, en quoi le partage d’un patrimoine génétique rend-il parent ? Cette obsession pour la filiation biologique n’est-elle pas plutôt un obstacle à la juste adoption de nos enfants ? Certes les femmes n’ont en général aucun doute sur leur maternité biologique. Mais l’angoisse des pères pour lever leur doute n’a-t-il pas des conséquences catastrophiques ? Car le processus multiséculaire d’un contrôle accru des hommes sur les femmes n’a-t-il pas pour moteur cette obsession à être sûr de la paternité ? Ce doute sur la paternité est à proprement parler un manque de foi. Manque de foi vis-à-vis des femmes qui participe à la violence de genre et manque de foi vis-à-vis des enfants. Car enfin quelle importance cela fait que nous ayons vraiment des liens génétiques avec les enfants qui nous sont donnés ? Cette obsession de la paternité n’est-elle pas une forme d’idolâtrie qui empêche d’accueillir les enfants tels qu’ils sont, et non pas comme nous voudrions qu’ils soient ? Car quand bien même nous serions assurés leur être génétiquement apparentés, il nous faut les accueillir comme des êtres absolument nouveaux, ce qu’ils sont. Nous cherchons sur leur visage des ressemblances : « il a le nez de son père » ; « elle a les yeux de sa mère et le lobe d’oreille droite de son grand-père… ». Mais comment ne voyons-nous pas que leur visage est absolument nouveau, originale, inédit ? Comment même cette quête de la ressemblance nous fait manquer le plus surprenant et le plus merveilleux dans un visage de nouveau-né : son absolue originalité !

De plus l’homme par excellence selon notre foi chrétienne, Jésus-Christ, n’a-t-il pas été adopté ? Nous voyons en Marie un modèle de foi, et c’est juste. Mais quel modèle de foi pour les pères nous est proposé en Joseph ! Combien de doutes virils aurait-il pu « légitimement » avoir ! Une mère vierge ? En tout temps et en tout lieu, un homme qui accueillerait un enfant d’une femme en croyant une telle fable est la risée de ses pairs virils. Pourtant Joseph s’est fait père pour cet enfant, et peut être à ce titre meilleur père que les hommes gonflés de leur certitude virile sur la puissance réalisée de leur sperme. Surtout, il a été père sans faire obstacle au vrai Père de Jésus. Sa manière d’éduquer Jésus, manifestement, n’a pas empêché ce dernier de découvrir sa vraie filiation. Pour nous autres chrétiens qui croyons être enfant de Dieu par le baptême, qui n’hésitons pas pour la majorité d’entre nous à baptiser très jeunes nos enfants, avons-nous tout à fait conscience de cet enjeu ? Nos enfants sont engendrés par une parenté plus importante que la parenté biologique : ils sont appelés à être fils et filles de Dieu.
Il me semble que cette spiritualité de la parentalité comme une adoption est libérante. Libérante pour les enfants au premier titre qui ne sont plus soumis à la dictature des déterminismes biologiques et culturelles. Libérante aussi pour les parents, qui non seulement sont libérés de l’obsession de la paternité, ce qui a aussi des effets libérants sur les relations dans le couple, mais surtout ne sont pas comptables de tout ce que deviendront leurs enfants. Je pense notamment aux parents nombreux qui désespèrent de voir leurs progénitures s’éloigner de l’Eglise, de leur manière de foi. Or leurs enfants souvent vivent nombre de choses dont ils pourraient rendre grâce à la lumière de l’Evangile. Le témoignage de Foi n’est pas la transmission d’une croyance en un dogme. C’est donner envie de continuer le chemin de libération entrepris dans sa propre vie, et donc partager la motivation qui était le moteur de ce combat : désir de vie, aspiration à plus grand... Nos enfants peuvent se révéler être nos devanciers sur le chemin de Foi. Jésus ne nous montre-t-il pas l’enfant comme un modèle de Foi ? Le poète, Pablo Neruda, le dit aussi de manière magnifique :

« Comme un violent orage
nous avons agité
tout l'arbre de la vie,
secoué au plus caché
les fibres des racines,
et déjà te voici
chantant parmi les feuilles,
sur la plus haute branche
que tu nous fais atteindre. »

mardi 18 décembre 2012

Papst Benedikt XVI verwirft die Prostitution als « ein schweres Vergehen gegen die Menschlichkeit ».

 
In seiner Ansprache an den Botschafter der Bundesrepublik Deutschland den 7. November 2011, Papst Benedikt XVI erklärt: “Jeder Mensch, ob Mann oder Frau, ist dazu bestimmt, für den anderen da zu sein. Eine Beziehung, welche nicht beachtet, daß Mann und Frau die gleiche Würde besitzen, bedeutet ein schweres Vergehen gegen die Menschlichkeit. Hier ist es an der Zeit, Prostitution wie auch die weite Verbreitung von Material erotischen oder pornographischen Inhalts, gerade auch über das Internet, energisch einzuschränken. Der Heilige Stuhl wird darauf achten, daß der notwendige Einsatz gegenüber diesen Mißständen seitens der katholischen Kirche in Deutschland entschiedener und deutlicher erfolgt.”
Nicht nur alle Kommentar in Deutschland (zB. Kath.net; focus; usw) haben diese Ansprache mit dem Skandal den pornographischen Veröffentlichungen bei dem Bischofskonferenzeigentum Weltbild verbunden, sondern auch hat kein das ganz Zitat berichtet. Die Prostitution als Vergehen gegen die Menschlichkeit war systematisch weggelassen. Nun aber redete der Papst an den deutsch Botschafter, nicht an den Bischofskonferenzspräsident. Wenn es um ein intern Frage der deutschen Kirche handelte, hätte der Papst durch den Nuntius es mitgeteilt. Die Frage ist doch zur deutschen Gesellschaft gestellt, weil Deutschland seit dem Prostitutionsgesetz in 2002 den Hauptbestimmungsort des Frauenhandels in Europa geworden ist, weil jährlich 200.000 Frauen Zwangsprostitutionsopfer sind, weil täglich 1 Million Männer Freier sind...
Diese Ansprache des Papsts und die folgende Reaktion deutschen Medien (inkl. katholischen Medien) rufen nach drei Kommentar: 1) Nicht nur die kürzlich Ansprache Benedikt XVI drückt aus, dass Christen die Prostitution gegen menschlichen Würden zählt, sondern auch eine lange Tradition seit Christus selbst _ und eben vorher seit des Alttestaments mit den Propheten Hoshea, Ezechiel und Jesaja _ bis Augustinus von Hippo, Ignatius von Loyola, Josephine Butler und Gaudium et Spes (Sehe kommende Artikel „Christen und Prostitution“). 2) Es sieht aus (für ein Beobachter aus Frankreich, der lang in Deutschland gelebt hat und, der deutsch Kultur mag und schätzt), dass es in Deutschland ein Konsens über Prostitution für ein Status Quo gibt. DerAbolitionismus in deutschsprachige Raum scheint abwesend. (Ausser das feministisch Revue „Emma“ und die Organisation SolWoDi, und der schweizerisch Netzwerk Rahab, aber sie sind sehr allein.) 3) Eben die deutschen Katholiken selbst werden nicht ins Wort über das Thema Prostitution trotz der dramatischen Situation in ihnen eigenen Land gefahren. Da ja die katholischen Medien haben nicht das Papst Zitat über die Prostitution weitergegeben.
Durch diese Artikel auf mein Blog möchte ich ein Ruf zu dem Gewissen deutschen Christen und „gutwilligen“ Deutschen werfen. Sex und Liebe müssen frei und kostenlos sein. Sonst ist das menschlich Würden schwer betroffen. Auf ein rein menschlich Ebene ist Prostitution selbst ein Gewalt. Denn Prostitution heißt, dass man Sex ohne Lust zustimmt. Dafür muss man sich von sein eigen Körper spalten. Es ist bewiesen, dass Prostituierten mit dem höchsten Ratio posttraumatischStress Syndrom entwickeln. Auf ein glaubwürdig Ebene ist Prostitution Idolatrie, Abgötterei. Es heißt nicht, dass Prostituiert unrein, böse oder VersucherInnen seien. Es heißt sondern, dass sie die Opfer der Abgötterei der Gesellschaft sind. Mit dem Lüge der käuflich Liebe wird nicht nur die echte Liebe zwischen Menschen verratet, sondern auch die Liebe und Treu zwischen Menschen und Gott. Wenn jemand wird von diesem Ruf betroffen, kann sie/er gern mich durch den Kommentar dieses Blog kontaktieren (auch gern für grammatik- und rechschreibungs- Korrektur.
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lundi 17 décembre 2012

Là où la prostitution est légale, la traite explose


 Traduction de l'article de présentation d'un documentaire sur la télé allemande "WDR Fernsehen" (Auteure: Gudrun Kirfel)

Traite des femmes: L’Allemagne réagit bien tard.
Depuis dix ans nous [la République Fédérale d'Allemagne] avons une des lois sur la prostitution les plus permissives. C'était censé être un chef-d'oeuvre de la coalition rouge-vert [SPD-Les Verts]: avec l'abrogation du délit pour outrage aux bonnes moeurs pour prostitution, les femmes sortiraient de l'illégalité et pourraient côtiser pour une assurance maladie et la retraite. En faisant sortir au grand jour la prostitution hors des zones grises, on voulait renforcer la position des personnes prostituées.
Dix ans plus tard, c'est le pire qui s'est réalisé. L'Allemagne est aujourd'hui avant tout un paradis pour les traficants d'être humain et pour les proxénètes. Les commissaires de police criminelles et les procureurs d'état se plaignent: „L'Allemagne est devenu l'Eldorado des proxénètes et des gérants de maison-close.“ Seul un nombre ridiculement faible de prostituéés sont aujourd'hui dans une situation sûre. Mais pour cela les gérants de maison close jouissent de profits mirobolant. Des bordels géants comme le Pascha à Cologne ou le Paradise à Stuttgart poussent comme des champignons après la pluie. La tendance est au „Club Flatrate“, où les hommes peuvent pour 69€ avoir tout le sexe qu'ils peuvent, comme ils veulent.Certains propriétaires de maison close aux frontières, de véritables Fast-foods du sexe, ont l'intention d'entrer en bourse.
Là où la prostitution est légale, la traite à fin de prostitution explose.
Alors que le reste de l'Europe suit le chemin exactement inverse. La Norvège et l'Islande ont appliqué le modèle suédois, qui criminalise les clients-prostitueurs, mais pas les personnes prostituées. L'an dernier l'assemblée nationale en France (notamment influencée par les affaires Strauss-Kahn) a voté une résolution favorable à la pénalisation du recours à un service sexuel. Même aux Pays-Bas, on est entrain de ramer à toute force pour revenir en arrière [sur une législation permissive qui a vu exploser les trafics et les réglements de compte entre mafias]. Il ne reste plus que l'Allemagne où le ministère de la justice ne veut rien savoir de tout changement de la politique de la prostitution.
Pourtant toutes les études montrent que la traite des êtres humains à fin de prostitution explose partout où la prostitution a été légalisé. Bien que dès 2007 à l'occasion une évaluation de la loi sur la prostitution, le gouvernement fédéral a dû reconnaître la faillite de la réforme, il ne s'est depuis rien passé. "Bericht aus Brüssels" [les journalistes de l'émission "compte-rendu de Bruxelles“ " interpelle aujourd'hui la ministre fédérale de la justice.
Le ministère de la justice s'exprime.
Même si nous n'avons pu obtenir aucune interview devant caméra avec Sabine Leutheusser-Schnarrenberger, sa porte-parole nous a cependant communiqué par écrit que „les fondements juridiques pour une lutte effective de la traite sont assurés en Allemagne. Plus de 200 000 femmes ont été forcées de se prostituer l'an dernier en Allemagne. Leurs droits et dignité n'était à l'évidence pas assurés.

Wo Prostitution legal ist, explodiert der Menschenhandel.

Artikel aus WDR Fernsehen (Autorin: Gudrun Kirfel)
Traduction en français ICI.

Frauenhandel: Deutschland reagiert spät

Seit zehn Jahren haben wir eines der liberalsten Prostitutionsgesetze der Welt. Es sollte eigentlich ein rot-grünes Meisterstück werden: Mit der Aufhebung der Sittenwidrigkeit der Prostitution sollten die Frauen raus aus der Illegalität geholt werden und sich kranken- und rentenversichern können. Indem man die Prostitution aus der Grauzone ans Licht brachte, wollte man die Position der Prostituierten stärken.
Zehn Jahre später ist das Schlimmste eingetreten. Deutschland ist heute vor allem eines: ein Paradies für Menschenhändler und Zuhälter. Kriminalkommissare und Staatsanwälte stöhnen: „Deutschland ist zum Eldorado für Zuhälter und Bordellbetreiber geworden.“ Nur eine verschwindend geringe Zahl von Prostituierten ist heute versichert. Dafür erfreuen sich die Bordellbetreiber glänzender Profite. Großbordelle wie das Pascha in Köln oder das Paradise in Stuttgart schießen wie Pilze aus dem Boden. Der Trend geht zu Flatrate-Clubs, wo Männer ab 69 Euro so viel Sex haben können, wie sie wollen. Einige Bordellbesitzer riesiger Sexburgen in Grenznähe planen gerade ihren Börsengang.

Wo Prostitution legal ist, explodiert derMenschenhandel

Doch der Rest Europas geht auf Gegenkurs. Norwegen und Island haben das schwedische Modell übernommen, das die Freier kriminalisiert – nicht die Prostituierten. Letztes Jahr erklärte die Nationalversammlung in Frankreich – nicht zuletzt unter dem Eindruck der Affäre Strauss-Kahn - einstimmig, den Kauf sexueller Dienstleistungen unter Strafe zu stellen. Auch in den Niederlanden rudert man gerade mit aller Kraft zurück. Nur in Deutschland will das Justizministerium von einem Kurswechsel in der Prostitutionspolitik nichts wissen.
Dabei beweisen alle Studien, dass der Menschenhandel explodiert, wo die Prostitution legalisiert wurde. Obwohl die Bundesregierung bereits 2007 in der Evaluation des Prostitutionsgesetzes das offensichtliche Scheitern der Reform feststellen musste, passiert bis heute nichts. Der „Bericht aus Brüssel“ hat sich jetzt an die Bundesjustizministerin gewandt.

Justizministerium redet sich raus

Doch wir bekamen kein Interview vor laufender Kamera mit Sabine Leutheusser-Schnarrenberger. Stattdessen teilte uns eine Sprecherin schriftlich mit, dass „die strafrechtlichen Grundlagen für eine effektive Bekämpfung des Menschenhandels in Deutschland sichergestellt sind.“ Über 200.000 Frauen wurden letztes Jahr in Deutschland zur Prostitution gezwungen. Deren Rechte und Würde waren jedenfalls nicht „sichergestellt“.

vendredi 14 décembre 2012

Les péchés, des petites morts.


L'évangile du 10/12/2012 rapportait la guérison miraculeuse d'un grabataire emporté à travers le toit par son entourage. J'ai été surpris du dialogue que cela a occasionné avec les pharisiens, si l'on peut nommer dialogue les déclarations de Jésus en réponse aux pensées non formulées de ceux-ci1. Jésus pardonne d'abord les péchés du grabataire. Suite à quoi Il suppose que les pharisiens considèrent cet acte impossible sinon à Dieu. Pourquoi est-ce aussi incroyable de se permettre de pardonner tous les péchés d'un homme ? Héritiers d'une longue tradition chrétienne nous avons l'habitude que les péchés soient pardonnés. Peut être ne savons-nous plus tout à fait ce qu'est un péché ? Qu'il soit incroyable qu'ils puissent être pardonné par une parole humaine peut peut-être nous aider à retrouver le sens profond des péchés. Cette difficulté à croire le pardon des péchés fait penser à la difficulté à croire en la résurrection. Et si les péchés étaient comme de petites morts. Leur pardon est aussi miraculeux que de permettre à un paralysé de marcher, que de redonner vie à un homme mort et enterré depuis trois jours.
D'entendre les péchés comme des petites morts pourraient aussi nous aider à relire le péché archétypal du troisième chapitre de la Genèse. Le péché n'est pas d'avoir mangé le fruit et par là avoir bravé un interdit. Ce n'est pas comme un petit enfant qui aurait désobéi. Le péché, c'est le fait qu'à travers cet acte se manifeste que l'homme et la femme n'ont plus confiance dans la parole divine, ils ont même peur d'Ellui au point de se cacher d'Ellui. Car après cette méditation, l'interdit de manger du fruit de « l'arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais2 » se révèle comme autre chose qu'un interdit arbitraire comme je le pensais jusqu'à présent. Cela ne cessait de m'étonner, si le Seigneur dans la suite de la révélation a eu à cœur de proposer une éthique aux humains, pourquoi la cause de la chute aurait été un interdit de disposer d'un sens moral ? Car en effet les dix paroles commencent par des une présentation dela Divain et de son juste culte pour aboutir à des interdits qui garantissent la justice entre humains. Mais toutes ces paroles se rapportent à des relations, relation àla Divain puis aux humains. La connaissance de ce qui est bon et mauvais serait au contraire un solipsisme. L'être qui prétendrait en disposer serait juge de ses actes sans avoir à en référer à autrui, sans avoir à écouter, à considérer l'effet qu'il produit sur autrui, etc. Et en effet c'est ainsi que läe Divain explique son interdit : « car, du jour où tu en mangeras, tu devras mourir ». Un individu dans cet état de juge absolu, absolument autonome de toute relation avec autrui, ne serait plus de fait un être vivant, car la Vie est absolument une ouverture à l'Autre. Le récit de Genèse 2 montre bien comment on en vient à cette mort. Le serpent met en doute la parole divine. La Femme résiste. L'homme est là au côté de la femme sans prendre partie. La femme succombe finalement à la méfiance instillée par le serpent. L'homme suit sa femme. Ils se considèrent chacun seul juge du bien et du mal. Sans avoir à en parler ellils concluent de leur état de nudité que cela est mal, et ellils se cachent. Ellils se cachent l'unë à l'autre. Et ellils se cachent du regard dela Divain. La méfiance serpentine a gagné, les individus se trouvent enferrés dans un solipsisme moral et existentiel. Ellils se croient être devenu « comme des dieux ». Alors que le Dieu de Vie lui même a besoin de nous, Ellui qui sort d'Ellui-même pour aller à notre rencontre, qui nous cherche.

La petite mort du péché, fille de la méfiance, a eu lieu. A partir de ce point, c'est presque par enchaînement logique que la Grande Mort s'inscrit dans l'humanité. Ce manque de foi dans le fait que le dépérissement organique d'un individu représenterait la fin d'un monde.

Les péchés sont donc ce qui nous coupent de la foi, de la confiance en la vie, de l'envie de rencontrer l'autre, du goût d'aimer son prochain, etc. Pardonner les péchés restaure l'humain dans la Vie. Rien ne peut le couper définitivement de la Vie. Pas même la grande mort, puisque nous sommes promis à la résurrection. Le sacrement de la réconciliation figure bien parmi les sacrements essentiels de l’Église.
1Lc 5, 17-26
2Gn 2, 17

vendredi 7 décembre 2012

Avoir la Foi sans croire.


Chrétien, c'est à dire disciple de Jésus-Christ, je ne me définis cependant plus comme "croyant". Pour la bonne et simple raison que je ne crois pas. Je pourrais presque dire que je ne crois en rien. Pour être tout à fait honnête, je ne crois en rien de définitif. Car ce qui fait de moi un chrétien, c'est autre chose que de croire en quoique ce soit, et parmi les chrétienës qui se définissent comme croyanttes, s'ils sont d'authentiques disciples du Christ c'est malgré leurs croyances plutôt que grâce à elles. Car ce que nous disons, nous chrétienës, en récitant le "credo", ce n'est pas un système de croyance, c'est une formulation de notre Foi. Ce qui compte, c'est la Foi. Et c'est bien malheureux que ces beaux textes (il existe deux credo "officiels", comme quoi il y a plusieurs manières historiques d'exprimer la Foi) commencent par le verbe "je crois", laissant croire par le titre qu'ils ont pris que l'affaire qu'ils traitent serait la croyance. La Foi à bien des égards est en opposition avec la croyance. Le verbe croire en tout cas est vidé de toute fécondité s'il n'est pas dit dans un élan de Foi, et ce qui compte, c'est bien plus la Foi qui le porte. Pour beaucoup, la croyance, la formulation exiguë de ce en quoi on croit, a complètement asséché la dynamique de Foi qui à l'origine avait suscité telle ou telle formulations.

Alors essayons de penser la foi sans verbe croire. La langue française nous permet encore de retrouver les verbes, substantifs et adjectifs qui devraient être l'environnement conceptuel naturel quand on parle de Foi. Il ne devrait pas y avoir à proximité du moi Foi des mots comme "dogme", "certitude", "conviction", "religion", "orthodoxie", "orthopraxie", "liturgie", etc... Les mots qui font famille avec la Foi sont "se fier à", "avoir confiance en", "faire confiance", "être confiant", "se confier"... On voit d'ailleurs que ce sont des mots qui se posent difficilement seuls, ils nous viennent à la bouche dans une dynamique, dans la dynamique d'une relation. La Foi est affaire de relation, c'est une qualité de relation, une dynamique de relation. Tout au plus le mot "fidèle" est un peu terni dans le sens commun, qu'il soit associé aux affaires de cœur desquelles beaucoup pense que la fidélité en serait une forme ringarde, alors qu'elle est à mon avis la forme de l'amour la plus passionnée, puisqu'il prend le risque de toute la vie; ou bien qu'il soit associé aux fidèles d'une religion, qu'on voit comme des moutons (ouailles) sans pensée critique. Mais je revendique pour moi cette désignation: je suis un fidèle! Et puis il y a ce mot magnifique dans ce qu'il désigne comme dans sa sonorité: "fiançailles". Et en négatif, les antonymes disent aussi l'enjeu de la Foi: défiance, méfiance disent les mode de relation les plus morbides.

En relisant la Genèse, chapitre 2 et 3, avec cette méditation autour de la Foi, j'en suis venu à la conviction que l'histoire dite de la chute dans le jardin d'Eden, où Augustin y a vu le début d'un prétendu "péché originel", cette histoire parle en fait de la rupture de la Foi entre l'Humain et laë Divain d'une part, et entre l'Homme et la Femme d'autre part. Le serpent n'apporte pas la tentation, mais introduit la méfiance envers la parole de Dieu. Ce que Dieu a créé, y compris les limites, les interdits, ne seraient pas pour le bonheur de l'Humain mais pour son malheur ou du moins son humiliation. Une lecture machiste de ce texte voit que la Femme serait la première à "succomber". Une lecture attentive montre qu'Adam est tout à côté au moment du dialogue entre Eve et le serpent. Eve, elle au moins résiste un temps, aux insinuations du serpent. Une fois la méfiance introduite, la relation entre Adam et Eve est pervertie. Non seulement l'Humain se méfie dula Divain, mais aussi il y a de la méfiance entre Homme et Femme. La violence à laquelle l'humanité est punie à la fin de ce texte n'est pas une punition divine, contrairement à ce qu'on en conclue généralement. Il s'agit pour moi de la conséquence "logique" de la méfiance: la violence; violence entre hommes et femmes, violence entre l'humanité et son environnement...

La Foi n'est pas forcément reliée à une religion, mais à une relation. Dans le cas de la religion chrétienne, la Foi est reliée aula Divain révéléé par Jésus-Christ et à l'histoire humaine qui porte cette révélation. Être unë fidèle chrétienë, c'est vivre dans cette Foi. Cela n'a rien à voir avec une soumission imbécile à un corps de dogmes. De manière analogue, être fidèle en amour, c'est avoir Foi en l'amour de l'autre et dans sa propre capacité à aimer. Il n'y a là rien à voir avec une préservation obsessionnelle d'une relation exclusive. Dans les deux cas, en amour comme en religion, le sens donnée à la fidélité a été détournée parce qu'on a oublié la dynamique de Foi pour ne plus voir que des formalismes : adhésion explicite à un corps de doctrine dans un cas, maintien d'une relation exclusive dans l'autre. Or dans l'un comme l'autre cas, se comporter strictement selon le formalisme supposé de la fidélité peut correspondre à un mouvement intérieur exactement contraire à la fidélité. Pour avoir côtoyé des individus fondamentalistes de différentes religions, et même s'identifiant à des convictions philosophiques athées ou agnostiques, j'ai trouvé chez toutses le dénominateur commun d'un manque flagrant de foi. Leur agressivité à s'accrocher à des convictions formelles et à les imposer autour d'elleux est un moyen de calmer leurs peurs, leur besoin de maîtrise sur leur environnement et leur entourage. Ce faisant, ellils trahissent de la manière la plus radicale possible ce qu'ils croient défendre. Dans le cas de la Foi chrétienne, celles-et-ceux qui veulent imposer une organisation stricte de la vie intime à leurs coreligionnaires ou même à toute la société au nom d'une morale prétendue héritée de Jésus-Christ font un double contre-témoignage. Ils trahissent d'une part l'essentiel de ce que Jésus est venu annoncé : que la Foi donne la Vie. D'autre part ils flétrissent le mot de Foi et en dégoûtent celles-et-ceux qui en ont besoin.

mercredi 28 novembre 2012

Légalisation de la prostitution et légalisation du cannabis ; même combat ?

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Souvent dans les débats en cours autour de l'abolition de la prostitution, la comparaison est faite avec la question de la légalisation du cannabis. Soit pour dire que la légalisation est souhaitable dans les deux cas, soit qu'elle présenterait des effets délétères analogues pour les deux situations.
Je voudrais montrer ici que les deux enjeux ne sont pas analogues. Ni en ce qui concerne l'effet de la légalisation sur les réseaux criminels, ni en ce qui concerne les raisons morales portant à souhaiter la disparition des deux phénomènes pour nos sociétés, ni en ce qui concerne les causes profondes des deux réalités.

En général, l'analogie est faite à cause des réseaux criminels qui profitent de l'un comme de l'autre trafic. Les partisans de la légalisation du cannabis comme de la prostitution arguent que faire disparaître l'illégalité dans le trafic ferait perdre leurs gains aux réseaux criminels. Ceux qui continueraient à transporter et vendre du cannabis, comme ceux qui recruteraient les personnes prostituées et organiseraient leurs rencontres avec les clients pourront faire ces activités au grand jour. Ils paieraient des impôts. Les autorités pourraient avoir alors un suivi sur la qualité des marchandises, dans le cas du cannabis, sur les bonnes conditions de « travail » pour les personnes prostituées. Or il y a des différences profondes entre l'organisation de la vente du cannabis et l'organisation de la prostitution. Et pour conséquence de ces différences, légaliser dans le cas de la vente du cannabis rend effectivement l'intermédiaire de réseaux criminels inutile, tandis que légaliser l'organisation de la prostitution non seulement ne rend pas inutile l'intermédiaire nécessaire des réseaux criminels, mais aussi provoque un changement des mentalités qui favorise le développement d'encore plus d'activités illégales et criminelles. En effet, dans le cas du cannabis, pour organiser le marché, il suffit d'avoir un producteur, un transporteur et un réseau de distribution. Si tout ces acteurs sont légaux, ils sont strictement comparables à leurs homologues du marché des alcools. On peut avoir de la délinquance, comme ceux qui trichent avec le fisc, mais la criminalité n'est pas consubstantielle du marché. Pour ce qui est de la prostitution, il faut trouver à recruter des personnes disposées à accepter des relations sexuelles tarifées. Il s'agit de personne qui ont une vision d'elles-mêmes telle que leur sexualité ne relève pas, ou plus, de l'intime, d'un mode de relation exclusif, ou en tout cas d'un désir partagé avec autrui. Pour arriver à une telle conception de la sexualité, il y a il me semble trois moyens. Le plus brutal est d'obliger par la force une personne à la prostitution. La majorité des personnes prostituées dans le monde y ont été conduit par ce moyen. Le second est de repérer une personne dont l'estime de soi a été suffisamment blessée par l'existence, par un viol ou par du harcèlement par exemple. Ces personnes sont facilement manipulables pour leur faire accepter que mettre leur sexualité à disposition du tout venant vaut bien salaire, pour quelqu'un dont elles seraient amoureuses, pour leurs enfants, pour leur famille, pour la jouissance de disposer de beaucoup d'argent... Enfin il y a le moyen de mettre en cause profondément les référents culturels d'une société : élever les enfants dans la certitude d'évidence que la sexualité est un mode de relation sociale qui n'est pas gratuit, par lequel se médiatise le pouvoir et la domination entre les individus. Pour se faire il suffit de promouvoir la pornographie, en particulier dans la publicité, la mode et les jeux médiatiques. Pour les deux premiers moyens d'obtenir le « consentement » de personnes à la prostitution, il est nécessaire d'avoir des réseaux mafieux, y compris si la prostitution est légalisée. En effet, pour toutes les cultures humaines à ma connaissance la sexualité relève d'un domaine de l'existence particulier, qui relève en quelque sorte du sacré. Dans une société qui a atteint un haut niveau d'éducation et où les femmes tendent à avoir le même niveau d'autonomie que les hommes, il n'y a pas beaucoup de personnes disposées à se prostituer. Il faut alors « susciter des vocations » ; soit en disposant d'un réseau d'individu sans altruisme mais doué pour repérer les personnes fragiles et manipulables, ce sont les « julot-casse-croute » des années 1960 en France, et actuellement les « Lover Boys » qui se multiplient en Allemagne et au Pays-Bas, qui séduisent des jeunes femmes ou des jeunes hommes fragiles puis les mènent à la prostitution ; soit en « important » des personnes qui ont connu toutes sortes de violences. Dans les faits nous constatons que la légalisation de la prostitution en Allemagne, aux Pays-Bas et en Suisse, loin de faire disparaître les réseaux criminels les a favorisé, voire a exacerbé la concurrence favorisant finalement les réseaux les plus violents, « Fallen Angel » en Allemagne du Nord, mafia russe aux Pays-Bas. Le nombre de personnes victimes de la traites en direction de ces pays a explosé, souvent multiplié par dix, depuis ces légalisations il y a plus d'une décennie. L'organisation de prostitution illégale comme la prostitution infantile et pédocriminelle n'a pas non plus disparu avec la légalisation de la prostitution « normale et légale », mais a progressé en parallèle. Pendant ce temps-là, la légalisation du cannabis n'a pas conduit à ce que je sache à des augmentations des réseaux illégaux, non plus que la fin de la prohibition aux Etats-Unis. Cependant les réseaux criminels ont pu avant la légalisation dans ces deux cas retirer d'important revenus qu'ils ont pu réinvestir dans d'autres activités illégales, dont la prostitution...

Ceux qui comparent légalisation du cannabis et celle de la prostitution, pour souhaiter dans un cas comme dans l'autre leur prohibition, se basent sur des enjeux moraux. Le cannabis provoquerait la déchéance de ses consommateurs, et la prostitution serait une atteinte aux bonnes mœurs. Pour ma part, je ne milite pas pour l'abolition de la prostitution pour des raisons de morales sexuelles, mais parce qu'elle est contraire à la dignité de la personne humaine. Souvent celles-et-ceux qui prennent position pour des raisons de morale accablent les personnes prostituées, et sont favorables à la prohibition de la prostitution, c'est à dire à la pénalisation des personnes prostituées. Pour moi, il faut abolir la prostitution, c'est à dire abolir toutes organisations de la prostitution en criminalisant les proxénètes et les clients-prostitueurs parce que obliger une relation sexuelle sans le désir d'autrui, y compris au moyen d'argent, est une violence. Quand bien même le cannabis aurait des effets délétères sur ses consommateurs (mais ce n'est pas le sujet ici de juger des conséquences de la consommation du cannabis), celui qui paye n'exerce aucune violence sur autrui. C'est en cela que l'interdiction du recours à la prostitution n'est pas comparable avec l'interdiction de l'achat de cannabis. Le client-prostitueur exerce une violence sur une personne prostituée. Par son acte de payer pour du sexe, non seulement il impose un rapport sexuel non désiré dans le moment, mais aussi il justifie l'organisation d'un marché qui nécessite de trafiquer des millions de femmes et d'enfant depuis des pays plus pauvres. Dans le cas du cannabis, se pose la question de la violence que s'impose le consommateur à lui même, s'il consomme dans une logique d'autodestruction. Cette problématique est entière, et pourrait justifier une interdiction de la vente. Mais ce ne serait pas pour les mêmes raisons que l'abolition de la prostitution par la pénalisation du client.

On pourrait me répondre que les deux marchés existent parce qu'ils répondent à des demandes. Un point de vue « libéral » retrouverait l'analogie entre consommation de cannabis et clientélisme de la prostitution en accusant la prohibition dans les deux cas d'attitude moraliste et répressive, condamnée à l'échec puisque la demande correspond à un « besoin » propre de l'humain. Tandis que le point de vie « réactionnaire » voudrait interdire l'un comme l'autre pour modeler les mentalités par la force normative de la loi. Dans le cas de l'abolition, j'adhère à ce que j'appelle le point de vue réactionnaire. La loi peut changer les mentalités. Tout comme l'absence de loi et la tolérance généralisée d'une société. La possibilité de la prostitution est un symbole fort dans une société sur le statut de la personne et de sa sexualité, en particulier dans un contexte d'inégalité entre les genres. Vite dit, dès qu'une femme est prostituée, toute femme est potentiellement une pute à disposition de la sexualité prédatrice des hommes de pouvoir. On comprend bien comment cela marche en imaginant un petit garçon grandissant dans une ville, passant tout les jours devant une maison close où les tarifs des passes sont affichés. Ne sera t-il pas encouragé à considérer qu'il peut obtenir un rapport sexuel contre de l'argent, à ne pas se poser la question des mystères de la rencontre amoureuse, de se découvrir faible et pourtant fort dans la rencontre intime de l'autre ?... Et de même une jeune fille qui grandirait voyant tout les matins sur le trajet de son école des femmes, parfois pas beaucoup plus âgées qu'elle, livrées en pâture aux hommes qui veulent bien payer, ne se dira t-elle pas qu'après tout avec les garçons, il faut assouvir des « besoins irrépressibles », et si on veut les garder il faut bien faire « quelques sacrifices », plutôt que d'exiger une réelle rencontre avec l'autre, une rencontre qui a la patience de dire non et d'entendre le non de l'autre pour mieux accueillir des oui authentiques ?... La prostitution non seulement encourage la prostitution, mais participe à une forme particulière de société où certains, en général les femmes, les minorités, les pauvres, sont à disposition, y compris sexuellement, des forts. Tolérer la prostitution, c'est provoquer toujours plus de prostitution. C'est risquer même qu'il devienne inconcevable que l'amour puisse être gratuit. Entendez déjà les opposants à l'abolition moquant cela. Tandis que le besoin de psychotrope relève de fragilités psychologiques qui n'interfèrent pas avec l'interdiction ou non de la vente des psychotropes. Tandis que le fait de présenter les femmes comme des marchandises encourage au recours à la prostitution, le fait que des psychotropes soient disponibles ne rend pas plus ou moins addictible. Au contraire, il semblerait qu'un usage socialisé des drogues permettrait d'éviter de basculer dans des addictions pathologiques. Ce que nos sociétés connaissent bien avec l'alcool. Interdire un psychotrope rendrait d'ailleurs sa consommation dans un cadre convivial et socialisé plus difficile, et serait en quelque sorte contre productive si son objectif est d'éviter des situations de dépendances pathologiques et destructrices pour l'individu.

En conclusion, les débats sur la pénalisation ou non du cannabis et sur celle de la prostitution ne sont pas comparables. Arriver à une conclusion pour l'un des cas ne préjuge pas de ce qu'on a à conclure pour l'autre. 1) La légalisation du cannabis priverait effectivement les réseaux criminels d'une source de revenu, à l'instar de la fin de la prohibition de l'alcool aux Etats-Unis, tandis que la légalisation de la prostitution ne fait qu'encourager plus de trafic encore, comme on le voit au cours de cette dernière décennie en Allemagne et aux Pays-Bas qui ont légalisé, tandis qu'en Suède qui a pénalisé les clients, la prostitution a diminué de moitié et la proportion de personnes, y compris parmi les hommes, qui condamnent le recours à la prostitution a augmenté. 2) ce n'est pas pour les mêmes enjeux moraux qu'on pourrait être amené à souhaiter l'absence de consommation de drogue ou l'absence de prostitution. Pour la drogue, il s'agit de l'autodestruction du consommateur que l'on veut éviter, tandis que le trafic strict de la drogue peut se concevoir comme le trafic de toutes marchandises. Pour la prostitution, être client détruit avant tout la personne prostituée. De plus favoriser le proxénétisme et la traite conduit à des trafics mondiaux qui ont besoin de recourir à la violence, au chantage et à l’enlèvement de personne. 3) Enfin la prostitution alimente per se le besoin de recourir à la prostitution : il alimente une vision de la femme qui encourage les hommes à devenir client et favorise chez les femmes une mauvaise estime d'elles-mêmes. Une loi de pénalisation des clients peut avoir ici un rôle normatif qui change les mentalités. Tandis que le besoin auquel répond le recours aux psychotrope semble être provoqué par des fragilités psychologiques, souvent du à la biographie, qui ne sont pas amplifiée par la disponibilité ou non du psychotrope sur le marché. D'ailleurs notre pays qui prohibe le cannabis met à disposition de tout un chacun un grand nombre d'autres psychotropes légaux, depuis les médicaments jusqu'à l'alcool ou le tabac...